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La tisseuse qui en a formé quarante

Elle a appris de sa mère, puis a transformé un seul métier à tisser en une coopérative qui fournit aujourd'hui la moitié de l'atelier.

Super AdminLecture de 1 min
La tisseuse qui en a formé quarante

Elle a appris comme la plupart des tisseuses de sa génération : assise à côté de sa mère, recevant les rangs faciles et se faisant corriger sur les difficiles, pendant des années avant que quiconque appelle cela une formation. Il n'y avait pas d'atelier. Il y avait une natte devant la maison et la fibre que la saison avait donnée.

La coopérative est née d'un problème pratique plutôt que d'une ambition. Elle tissait plus vite qu'elle ne vendait, et les acheteurs de passage payaient ce qu'ils voulaient parce que chaque femme négociait seule. Mettre onze artisanes derrière un même prix était moins un plan d'affaires qu'une façon de clore cette discussion définitivement.

Enseigner s'est révélé plus difficile. Le tissage se montre, mais la tension ne se montre pas — elle doit être ressentie, puis ratée, plusieurs fois, sur un ouvrage que l'on jette. Sa méthode consiste à donner à une débutante une petite pièce sans importance et à la laisser y commettre toutes ses erreurs, plutôt que de lui épargner un après-midi gâché.

Quarante artisanes plus tard, l'organisation a des règles qui ont mis des années à se fixer : chacune est payée à la livraison et non à la vente, la qualité est jugée par deux personnes et non par une, et quiconque veut apprendre un nouveau motif se le voit enseigner sans avoir à se justifier. C'est cette dernière règle qu'elle défend le plus obstinément.

Elle est directe sur ce qui a changé et ce qui n'a pas changé. Le revenu est plus régulier et les marchandages sont terminés. Le travail lui-même est exactement aussi lent qu'avant, et elle ne le voudrait pas autrement — ce que l'on vend, fait-elle remarquer, c'est le temps.